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 Yolande Coomans

Je crois que notre époque offre une opportunité, qui est d'ouvrir l'intelligence européenne à d'autres possibilités de penser, de les mettre en regard, d'exploiter d'autres cohérences. Mais l'expérience de la Chine ne vient pas compenser ce qui serait une insuffisance ou un aveuglement de la pensée européenne. Je ne pense pas que l'Extrême-Orient soit l'envers, même si pour montrer les choses, quand je les analyse, j'y mets de l'endroit et de l'envers. Je ne pense pas non plus qu'on puisse considérer la pensée chinoise comme une totalité, mais disons qu'elle fait réapparaître ce qui a été laissé-tombé par la philosophie. Pour parler en termes de sagesse, avec beaucoup de guillemets, je crois que c'est intéressant. 

FRANCOIS JULLIEN  philosophe

 


 

Yolande Coomans

Les Parques, 2017,  Triptyque, Huile sur toile, 120X300cm

 


 

Ce sont les Parques - les Moires pour les grecs- qui se voient confier par les dieux la destinée des humains. Héritières naturelles du pouvoir de donner la Vie mais également détentrices du fil de la Destinée… Pas besoin donc de refondre nos mythes archaïques, il suffit de les repenser, de les rendre vivants.

Quand une femme-créateur s’identifie aux mythes fondateurs de sa civilisation gréco-romaine, Aphrodite, Artemis, Gaïa, Ariane, Penelope, Antigone,  Persephone, Leda, elle ne pourrait avoir le même regard sur sa destinée qu’un homme-créateur.
Je revendique donc de construire une œuvre de femme qui n’aurait pas pu être pensée par un homme.
Je n’ai jamais cru que l’inconscient culturel représentait un piège pour la femme et je n’attends pas que les hommes, ou les dieux me donnent un pouvoir : je le prends.

Les enjeux d’une création contemporaine ne se situent pas dans le masculin ou dans le féminin, mais dans l’heureux échange entre les deux. L’Art n’est pas soumis à la loi du genre, il est ou il n’est pas.
Et si l’histoire de l’art est pauvre en exemples de créateurs féminins, c’est parce que, entre le pouvoir de l’Art et celui de donner la Vie, elles n’avaient pas compris qu’elles avaient droit aux deux.
Pour Antigone, aucun interdit, aucune  « loi du Père » ni du monde n’aurait pu étouffer sa loi intérieure.
Il est donc urgent de désobéir, de résister aux lois du marché qui régit  l’art international, à la tyrannie des courants et des modes, à la violence de l’argent qui travaille pour nous faire oublier l’essentiel, la quête éperdue de ce qui n’a pas de prix.

Yolande Coomans (1940)

 

 


 

Visage huile                   Visage huile                    Visage huile                

                                                                                   VISAGE

 

Une culture qui maltraite ou occulte le visage engendre une civilisation aveugle, iconoclaste. Donner figure à un visage reste pour longtemps encore, le privilège du peintre qui a pour tâche d’interroger l’être par-delà l’apparence, de scruter un regard voilé, de guetter la moindre blessure du temps et les morsures du coeur, de questionner l’âme qui se cache et se laisse aspirer par le feu qui la consume.

 


 

Au-delà des clivages entre art postmoderne, art conceptuel, art conceptuel, art intellectuel et peinture, on constate que la peinture n’a jamais disparu. On la retrouve un peu partout , mais dispersée.La peinture reste une expérience esthétique radicale pour de nombreux artistes de par le monde. Ils ont pour point commun, tous, de travailler de manière isolée, dans leur atelier, dans un processus proche de la méditation. Ils se débattent seuls avec leurs pairs, leurs démons,leurs joies et élans vers la toile vierge. Ils restent peut-être les derniers témoins de la quintessence du métier d’artiste qui serait vu comme une « quête » et non comme des « produits ».

La peinture s’affirme comme le lieu d’ un des derniers bastions d’authenticité, dans un combat tenace contre toutes les vulgarités.

Voici ce que nous enseignait, dans les années 60, mon maître à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, dans les années 60:

L’artiste est (d’abord) un être dont la vie spirituelle l’emporte sur toutes les autres contingences, qui considère l’art au nom de la « certaine idée » qu’il en a, non comme un moyen mais comme une fin ; non comme une production mais comme une création ; non comme une carrière à fabriquer mais comme une œuvre à construire, une œuvre dont il dépend autant qu’elle dépend de lui et à travers laquelle passe l’essentiel de sa vie même, sa faculté d’amour, sa façon de voir, de sentir, d’être heureux ou de souffrir.

Roger CHAPELAIN-MIDY    « Comme le sable entre les doigts »